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Questions de M Jean-Pierre GOBEREAU, apiculteur,  à M François Moreau, administrateur du SNA (Syndicat National d’Apiculture) :

 

  • «  Ayant quelques ruches dans le département des deux sèvres ma production de miel de Tournesol diminue d’année en année et à la fin de la récolte, mes Abeilles semblent épuisées. Malgré un champ abondant de Tournesol à quelques mètres de mes ruches, les Abeilles remplissent une hausse , pas plus .
  •  J’ai entendu dire que le Tournesol , comme le Colza était maintenant de moins en moins « nectarifère » N’aurons nous donc plus de miel de Tournesol et de Colza. ?
  • Pouvez vous SVP nous donner des informations et nous préciser ce que sécrètent les enrobages de ces semences , et quel est l’impacte pour le consommateur »

 

Réponse de M François Moreau, administrateur du SNA (Syndicat National d’Apiculture) à M Jean-Pierre GOBEREAU, apiculteur :

 

Bonjour M. Gobereau,

M Vedrenne, président du S.N.A., que je mets en copie de mon courrier, m’a demandé de vous répondre.

J’ignore depuis quand vous avez des ruches? Personnellement pour moi, cela fait 60 ans.

Evolution des colzas.

J’ai donc connu de jolies récoltes de miel de colzas dans les années 55/60.

Puis un politique de l’époque a décrété que nous Normands étions tous des alcooliques et qu’il fallait réduire les vergers de pommiers. On nous a alors obligé à boire du lait à la place du cidre dans les cantines. Je m’en souviens d’autant mieux que je revois encore l’instituteur, l’année de mes 13 ans, ramasser à la hâte toutes les carafes de cidre et nous donner à la place des bouteilles d’eau. Car l’inspecteur d’académie était en train de pointer son nez.

Je pense que ce doit être la première fois que j’ai eu l’occasion de boire de l’eau minérale.

Les fermiers de l’époque recevaient 500 Francs anciens par arbre abattu. Soit l’équivalent du salaire d’une journée bien payée pour un travailleur.

Autant vous dire que les vergers de pommiers se sont alors réduits à pas grand chose dans ma Normandie natale. Et que mes abeilles manquant du pollen des fruitiers pour faire pondre les reines. J’ai constaté des baisses de rendements en miel de colzas.

A l’ époque les semences de colzas étaient essentiellement constituées de graines récoltées sur les meilleures parcelles.

Là derrière, les semenciers ont flairé le filon et ont cherchés des variétés de colza les plus éloignées génétiquement possibles les unes des autres. Cela donne des croisements avec des hauts rendements en graines, moins d’acide, etc…Et aujourd’hui, même eux avec des quantités d’abeilles domestiques dans leurs parcelles d’expérimentation peinent à produire en quantité les semences des dernières variétés de cette plante.

Et maintenant dans ma Normandie natale. On manque de pommes à cidre pour faire tourner les cidreries et on importe des pommes de chez nos voisins Anglais.

Evolution du milieu.

Remembrement.

Jusque dans les années 60 à 70. Il existait des haies autour de toutes parcelles. Le remembrement est passé, les haies et les mares ont disparues et avec elles tous les têtards et arbres creux qui servaient de logements, souvent durant de très longues années, aux essaims vagabonds.

 

Evolution de la flore dans les parcelles.

Labourage des prairies.

J’ai connu une époque où les bêtes pâturaient dans les herbages des herbes diverses et très variées. Puis est apparu que toute l’agriculture pouvait se résoudre à ne compléter que les besoins en P. K et N. On a donc retourné les terres en herbe où il y avait des espèces très diverses et très variées et on les a ensemencées uniquement en Raygrass, ou en fétuque, ou, etc…. Donc monoculture d’une seule espèce. Toutes les légumineuses ont disparu.

Modification des méthodes de cultures des céréales.

J’ai connu une époque où toutes les fermes céréalières avaient un troupeau de moutons et son berger. Ils ont disparus dans les années 85/90. Et les semis de trèfle en même temps que les semis de céréales avec. Il y a encore trente ans, Le blé étant coupé, le trèfle semé à l’automne précédent apparaissait et on y mettait alors les troupeaux de moutons. C’est comme cela que l’on faisait les fromages type de Brie.

Bref, nos abeilles trouvaient autrefois dans leur environnement des ressources variées en pollen et en nectar. Ce n’est plus le cas. Quelle serait notre santé si nous ne pouvions manger que des pommes de terre ou des pâtes par exemple??????

 

Cas du tournesol.

Les obtenteurs de variétés de tournesol ont fait les mêmes choses que pour les variétés de colza.

Les dernières obtentions de tournesols sont elles aussi méllifères que les premiers arrivés en France????

J’ai des doutes. J’ai mis en 2014. une quinzaine de colonies sur des dizaines d’hectares de tournesol bio. Et pas d’autres tournesols aux environs. Et je n’ai pas récolté un seul gramme de miel de tournesol.

 

Cas des enrobages.

Il est de notoriété publique que les semences de colza et de tournesol sont préférentiellement livrées aux agriculteurs en graines enrobées. Les coopératives veillent et ne leur proposent que ce qu’elles pensent être le meilleur pour leurs adhérents??? Et les produits utilisés pour les enrobages soulèvent pleins d’interrogations.

Mais petit à petit, les scénarios se valident.

Ainsi on se rends très bien compte que les colonies d’abeilles mises au contact des plantes issues de semis de graines enrobées ont beaucoup plus de difficultés à s’orienter par exemple. Et donc à revenir à leur ruche, etc…..

Que ces mêmes colonies séjournant trop longtemps dans une zone où prédomine ces cultures présentent des affaiblissements, des mortalités hivernales plus élevées, etc….

Retrouve t’on ces produits d’enrobage dans nos assiettes??? Je ne vous réponds pas mais je pense que si le consommateur de base achète de plus en plus bio. C’est qu’il ne doit pas le faire pour la gloire. Mais parce qu’au travers de toutes les informations qu’il reçoit chaque jour. Il perçoit bien que quelque chose lui est caché dans les grandes cultures industrielles qu’il retrouve dans son assiette.

Et que si vous en avez la possibilité pour vos abeilles? Que si vous raccourcissiez au maximum le temps de séjour de vos colonies sur ces cultures à problèmes et que vous portiez ensuite vos colonies par exemple dans une zone Natura 2000 pendant un certain temps ou en pleine montagne. Vous pourriez constater que petit à petit, vos colonies retrouvent vigueur. Bizarre, bizarre.

Il est évident que vous ne reverrez probablement plus des ruches qui vous produiront 30 kilos de miel de colza ou 100 kilos de miel de tournesol.

Mais bon. J’ai adapté la stratégie de conduite de mes ruchers différemment. Je ne mets plus ou alors que très rapidement mes colonies dans les zones de grandes cultures que vous citez. Je privilégie les zones bio, les exploitations en bio, les forêts.

Et comme par hasard. Je suis passé de 50 % de mortalité hivernale constatées autrefois dans les zones de vignobles à quelque chose qui tourne autour de 5 ou de 10% aujourd’hui quand je mets mes colonies en zone protégée.

Je produis moins de miel (basique). Mais je cours beaucoup moins. J’ai des colonies mieux en forme. Et mes miels locaux trouvent sans difficultés acheteurs. Actuellement 14 Euros pour le garrigue et au moins 16 Euros pour le miel de lavandes fines. J’ai abandonné les transhumances sur lavandins. Plantes beaucoup trop traitées.

Je vous suggère donc de rechercher de telles zones sans phytos ou très peu de phytos dans votre département, d’y installer vos colonies et je pense que vous et vos colonies devraient avoir meilleure forme. Je pense en forêt de Chizé par exemple ou dans les zones de marécage vers la cote Atlantique.

Demeurant à votre disposition pour tous renseignements complémentaires. Je vous prie de croire, Monsieur et cher lecteur en mes sentiments les plus respectueux.

 

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